Les poseurs de lapin đ° et les ghosteurs đ»
Comme toujours, ce texte n’engage que moi
âPoser un lapinâ
signifie ne pas se présenter à un rendez-vous sans prévenir la personne concernée. Cela peut concerner un rendez-vous galant, amical ou professionnel.
Les personnes qui posent des lapins peuvent ĂȘtre motivĂ©es par lâĂ©vitement. Elles ont peur du jugement, de lâĂ©chec ou dâun rejet potentiel. Certaines culpabilisent, mais fuient la confrontation. Dâautres, au contraire, manquent dâempathie ou se laissent porter par leurs impulsions, sans mesurer lâimpact sur lâautre. Il y a aussi des cas dâindĂ©cision chronique, d’anxiĂ©tĂ© ou de faible estime de soi, qui mĂšnent Ă saboter les occasions.
Dans notre milieu, les lapins y sont nombreux pour plusieurs raisons spĂ©cifiques, sans gĂ©nĂ©raliser Ă lâexcĂšs. Une explication plausible est que beaucoup fantasment intensĂ©ment, mais au moment de passer Ă lâacte, la rĂ©alitĂ© les effraie ou les déçoit dâavance. Le BDSM implique une charge Ă©motionnelle et symbolique forte, ce qui accentue lâhĂ©sitation. Parfois, les gens prennent plaisir Ă âjouer dans leur tĂȘteâ, sans jamais vouloir ou pouvoir incarner rĂ©ellement le rĂŽle. Donc oui, on peut dire quâil y a souvent plus de fantasme que dâenvie rĂ©elle de rencontre, ce qui favorise le phĂ©nomĂšne des lapins.
Ghosting (ou gophering)
câest couper tout contact avec quelquâun, gĂ©nĂ©ralement aprĂšs avoir Ă©tabli un lien, parfois mĂȘme un lien fort. On ignore les messages, on disparaĂźt des rĂ©seaux, sans jamais expliquer pourquoi. Le lapin est un acte physique, le ghosting est une disparition digitale/sociale.
Le ghosting est souvent plus violent Ă©motionnellement que le lapin, car il implique une rupture brutale dâun lien en apparence dĂ©jĂ Ă©tabli.
Dans le milieu BDSM, le ghosting peut ĂȘtre encore plus dĂ©routant et douloureux quâailleurs, car il interfĂšre avec des dynamiques de confiance et de vulnĂ©rabilitĂ© trĂšs spĂ©cifiques. Le ghosting nâest pas juste une fuite sociale, câest souvent le symptĂŽme dâune incapacitĂ© Ă gĂ©rer lâintimitĂ© Ă©motionnelle ou les consĂ©quences dâun imaginaire intense, parfois vĂ©cu avec honte ou confusion.
Pourquoi câest si marquant dans le BDSM ? Notre monde repose sur un contrat tacite (ou explicite) de confiance, mĂȘme en phase de discussion. Se confier sur ses fantasmes, ses limites, ses blessures⊠ça crĂ©e une ouverture Ă©motionnelle rare. Le ghosting vient alors briser brutalement cette bulle de confiance, comme une trahison silencieuse.
Certaines personnes ghostent aprĂšs sâĂȘtre livrĂ©es Ă des jeux de rĂŽle intenses par message. Elles se sentent soit exposĂ©es, soit gĂȘnĂ©es dâavoir Ă©tĂ© excitĂ©es, soit simplement incapables dâassumer ce quâelles ont montrĂ©. La frontiĂšre entre âjeuâ et rĂ©alitĂ© est floue, et le ghosting permet de tout effacer. C’est une fuite exacerbĂ©e par les jeux de rĂŽles.
Comme pour les lapins, beaucoup sont dans une logique de fantasme pur. Le contact rĂ©el, mĂȘme en ligne, les renvoie Ă leurs propres blocages ou tabous. Ghoster leur permet de se ârĂ©initialiserâ, de sâeffacer sans rendre de comptes.
Certains ghostings peuvent aussi ĂȘtre des actes de domination involontaire ou malveillante : partir sans prĂ©venir, câest reprendre le contrĂŽle. Cela peut ĂȘtre perçu comme une façon tordue de âpunirâ lâautre, sans en assumer la responsabilitĂ©.
Maintenant pour finir sur un peu d’humour, voici quelques « excuses » qui m’ont rendue dingue.
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« J’ai dĂ» aller au poste de police pour faire un tĂ©moignage d’agression de rue »
« Ma cousine s’est cassĂ© la jambe au ski, je suis sa seule famille, je dois aller la voir Ă l’hĂŽpital »
« Je viens de trouver mon frĂšre Ă©tendu par terre, j’attends l’ambulance »
« J’ai le Covid »
« J’ai de nouveau le Covid »
« Vous allez rire, j’ai attrapĂ© le Covid pour la 3Ăšme fois »
Haha
Ha…
« Je vous avais pas dit mais je suis musher, et tous mes chiens viennent de se faire la malle sur l’autoroute. J’arrive dĂšs que je les aurais tous attrapĂ©. Mais mon van est en panne alors j’attends une camionnette de location. »
« J’ai perdu mes clefs, je ne peux pas quitter la maison. »
Et le pire du pire:
« Je me suis branlĂ© comme un fou sur toi, j’ai plus besoin de venir »